mercredi 10 mars 2010

"Hey Skerdi, long time no see !"

Bon, après les envolées lyriques en sortant du boulot à deux heures du mat, il a fallu rentrer pour se faire interner, ah ah (blagounette, en fait il était prévu que je rentre en France). Mais avant, il a fallu finir quelques trucs ici, en particulier se trouver un remplaçant pour la coloc, après avoir débarassé un peu le bordel qui jonchait l'appartment - ce dont je parlais dans l'article précédent.

Après quelques visites de gens pas trop motivés - mention spéciale pour le gros ricain en nage après 8 min de marche sous le soleil, qui me dit avoir marché pendant 20 minutes - j'ai donc bien fini par trouver mon remplaçant. Il s'agit d'un français, dont j'ai l'impression qu'il prend la chambre (il le promet dès la première visite) à moitié parce que je suis sympa, à moitié parce qu'il a la flemme d'en chercher un autre. En plus, bonheur, il me dit vouloir emménager le jour où je reprends l'avion pour la France

Comme vous vous en souvenez sans doute, mon appart n'était pas le plus propre de la galaxie. Mais le nouveau coloc ne l'a pas remarqué quand il a visité la première fois et donc il a un peu tiré la gueule en revenant s'installer ; c'est assez drôle de le voir râler (sacrés français !) pendant qu'on fait le ménage. D'un côté ça m'embête qu'il soit pas content, de l'autre il faut dire que je l'ai pas forcé à le prendre, cet appart. Du coup quelques instants plus tard on a un peu déconné avec Utkur, en en imaginant une succession de Français mécontents dans la même chambre jusqu'à la destruction du bâtiment (j'ai peut-être oublié de préciser que l'immeuble sera rasé fin juin).

Bref, juste après l'arrivée du nouveau, j'emballe mes trucs et je pars prendre l'avion Air France pour Paris (en mangeant du camembert et de la baguette et en buvant du pinard... ok j'exagère un peu). C'est une des premières fois de ma vie où je ne suis pas du tout stressé ou excité en prenant l'avion, ça me fait assez drôle, comme si j'avais fini/gagné un niveau dans mon espèce de jeu vidéo intérieur. En plus, bonus au score, je vais même aller me boire un petit cocktail dans le bar fashion de l'aéroport avant d'embarquer. Le dit bar, le Harry's, est d'ailleurs bien stylé ; une plateforme extérieure surélevée au dessus des pistes, collée au terminal, luxuriante de plantes et mouillée d'une lumière bleue spectrale, délicatement saupoudrée d'une petite musique design. Le dit cocktail est le Singapore Sling, probablement d'origine locale - quoique... je me méfie - et dont j'espère devenir un spécialiste une fois rentré en France.

Passons rapidement sur l'épisode français. Bien entendu, j'ai revu tout le monde (si toi qui lis ces lignes, je ne t'ai pas revu, sache bien que je t'en tiens pour responsable). Je suis allé une semaine à Marseille suivre des cours intéressants avec ma super promo de M2 (vive BSC !), et ai eu quelques états d'âme quand je me suis aperçu que l'éloignement... ben... m'a un peu éloigné, quoi. Mais bon, comme l'écrire le souligne si évidemment, c'est bien normal ; et d'un autre côté, je sens avec le sourire que mes relations sont comme des élastiques tendus ; pourvu qu'on ne les garde pas en position jusqu'à ce qu'ils prennent la poussière, il seront toujours capables de revenir en place (quelle belle métaphore hein ; on pourrait même pousser l'imagination jusqu'à préciser le type d'élastique... ah ah).

Une fois l'avion repris dans l'autre sens (mention spéciale pour cette saleté d'ordinateur de bord dont le volume s'était bloqué), je vais aller dormir à l'auberge de jeunesse quelques temps (personne ne sait vraiment combien). Autant dire tout de suite que jusqu'ici ça a été plutôt pas mal. Toujours des gens, toujours du bruit, des nouvelles têtes sans arrêt, des anglo-saxons qui parlent du vrai anglais, un nouveau quartier, de nouveau food courts encore moins chers, pas le temps de s'ennuyer (ni d'écrire sur le blog, d'ailleurs).

Je suis un peu en train d'éduquer mes collègues. Comme vous avez peut-être deviné, les gens ici sont assez disciplinés. Du coup, avant mon retour en France, j'avais fait une expérience pendant une semaine ; des biscuits au chocolat succulentissimes (au goût de Versaillais) trônaient sur une étagère à côté d'un papier qui disait "Stolen food has better taste". Bon, l'expérience a un peu fait comme mon blog, ça a fait rire les gens mais j'en ai rien su jusqu'à une semaine plus tard. Cette fois, j'ai refait la même pendant que j'étais en France ; même concept, mêmes gâteaux, inscription "Just do it.". Bilan mitigé : seule la moitié du paquet a fugué, et y'a quand même un gusse qui m'a remercié sur le même papier. Mais bon, globalement ils apprennent un peu l'anarchie, ces ptis rigolos. Affaire à suivre.

Au boulot c'est calme le temps de faire croître mes cellules, donc je m'emmerde quelque peu. Mon boss est toujours aussi indifférent, du coup moi aussi je me concentre un peu moins sur le boulot. J'y suis un peu aidé par le décalage horaire qui me massacre comme jamais ; je dors à n'en plus finir pendant 4-5 jours. Faut dire aussi que j'arrange rien en allant me la coller avec des gens de l'auberge ; c'est là que je rencontre d'ailleurs, entre autres, les deux premiers vrais américains de ma vie, deux militaires bodybuildés bien marrants, ultramegaextravertis (un peu gogoles des fois même mais c'est ça qu'est bon), qui parlent vrai anglais comme dans les séries, font des high fives quand ils sortent une bonne vanne, bref la totale. C'était bien sympa. Dans la même veine, je suis allé à la soirée la plus ouf de ma vie, au Movena Club à St-James Powerstation (ça c'est pour mes archives) ; c'est le staff de l'auberge qui nous a motivés pour y aller, on était une quinzaine, avec des australiens, un allemand, les nanas du staff, et c'était énorme ; c'était énorme parce qu'on se connaissait très peu, et du coup tout le monde était sympa, de cette sorte spéciale de sympa qui te laisse être qui tu veux, sans te cantonner à ton propre rôle ou à ta tournure d'esprit habituelle. C'était immense parce qu'en plus de pas trop se connaître, la plupart d'entre nous étaient des voyageurs sans lendemain ; du coup, carte blanche pour se lâcher, et tout le monde t'encourage avec ça. C'était gigantesque parce que je me suis collé quasi gratos (4€) 10 verres en 4-5 heures (je devais aller bosser le lendemain) : on a gagné une espèce de loterie avec 100$ de gnôle à la clé, pas une mais deux fois (sur deux), et en plus la patronne de l'auberge était là et nous a payé des tournées à base de bouteille de vodka. Inutile de parler du groupe latino qui faisait la musique mieux que n'importe quel DJ, du show de pole dance, des bombes avec qui on dansait ou de quoi que ce soit dans le genre, ça serait en faire trop. Le seul souci ça a été d'aller bosser le lendemain. Quoi qu'il en soit, je me souviendrai de cette soirée comme de l'étalon-or de ses semblables. Et même si j'oublie, je m'en rappellerai en lisant ceci. (Salut, Skerdi du futur, comment ça va ? C'était bien ici hein ? Je suis sûr que t'as trouvé d'autres trucs encore mieux, mais souviens-toi en plus des instants et des joies d'ici et d'en ce moment, ils valent le coup. Sinon j'espère que t'es toujours aussi monumental - mais c'est juste pour mettre un peu de suspense, je sais déjà que c'est le cas)

À part ça, en vrac : le lendemain de ma descente d'avion je suis retourné près de mon ancien chez moi, ai dit bonjour à Sam et Cherifa, les tenants du stand indonésien où je mangeais souvent, et j'ai récupéré le facebook de leur fille - j'ai pris ça pour un accueil chaleureux de la part de Singapour (le titre de l'article est tiré de l'exclamation de Sam). Passons rapidement sur internet qui me casse les miquettes (décidément, la technologie m'aime pas).

À l'auberge, autre point positif, je me suis remis à la philo, et j'ai bien fait ; j'ai enfin fini l'Éthique de Spinoza que j'avais commencé en fin de P2 (ouais, je l'avais un peu oublié, j'ai honte - faut dire aussi que je l'avais pas acheté mais emprunté, et que j'ai été un peu occupé... quoi qu'il en soit, Skerdi du passé, pas d'excuses, you suck). C'est ouf ce livre (notamment, et j'en suis pas peu fier, à quel point j'en étais proche intellectuellement, sans l'avoir lu), on dirait un manuel de ma propre conscience et de ma manière de fonctionner, écrit il y a 250 ans, avec en plus des indices pour m'améliorer. Dommage que j'aie pas d'autres bouquins de philo sous le coude, j'adore ça (faudrait que j'en cherche tiens) ; bref, ça fait du bien, car "C'est proprement vivre les yeux fermés, sans jamais tacher de les ouvrir, que de vivre sans philosophie." comme dit l'autre. Allez vous aussi, retrouvez votre Spinoza, votre Kant ou votre Hegel, et mettez-vous au travail. De la philo et des cuites en boîte, que d'autre demande le peuple ?

3 commentaires:

  1. (jme mets en anonyme parce que j'ai la flemme de trouver un url bidon ou pire, m'inscrire)

    Bref, je partirais du fait que dans la phrase "Bien entendu, j'ai revu tout le monde (si toi qui lis ces lignes blablabla" tu me rends un hommage caché mais sincère (du style "wouaw ARC que serait la France sans toi?").Et pour cela je te remercie.

    Ensuite, concernant le coup du paquet de gâteaux, la prochaine fois passe au cran supérieur ; "Come on, where are you balls?" par exemple ou un truck encore plus imagé, t'as pas besoin de moi pour ça...

    Andréa

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  2. J'adore l'idée d'Andréa pour le paquet de gâteaux.

    Et à par ça je dis rien : je commente juste. Parce que moi je suis cool. (Ouais, ça s'adresse à vous, bande de vampires intellectuels qui sucez la prose de notre cher Skerdi sans même lui dire que vous l'aimez !)

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  3. Skerdi, ON LIT TON BLOG!
    Alors donne de tes nouvelles de temps en temps...

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