samedi 30 janvier 2010

"Fucking highways"

Bon allez, on y retourne avant qu'Internet se remette à pas marcher (en fait, internet est parti et revenu environ 15 fois pendant que je rédigeais cet article)

Allez, je reprends à la dentisterie. Dimanche, il y a deux semaines, je reviens les muscles saillants et ruisselants de sueur d'un aller-retour au Fairprice ; j'enlève mon t-shirt mouillé et moulant, secoue ma crinière rebelle (est-ce que vous avez pensé à mettre Barry White avant de lire l'article ?), entreprends de me désaltérer d'eau glacée, puis de manger un morceau de pain, et finis par perdre un morceau de dent dedans (comme disait Rimbaud ; le morceau qu'il mord, sot, garde le morceau de dent dedans). Bref, il faut vite que j'aille récupérer mon sourire, pour cela direction le Singapore National Dental Care Centre, comprenez une usine à dentistes où on vous parle d'argent d'abord et de travail fait correctement ensuite. Pour des raisons orthodontiques (oui oui, vous avez bien lu... j'avais parié avec mon orthondontiste que j'allais dire ces quatre mots un jour), mon cas est un peu compliqué, et je perds trois heures à la clinique le temps d'expliquer au type ce que mon orthodontiste, celui qui a perdu le pari, veut qu'il fasse, et le temps qu'il le fasse. Rien de bien surprenant dans cet épisode, si ce n'est un prisonnier, en uniforme de prisonnier, tête rasée de prisonnier, fers aux poignets et aux pieds de prisonnier, encadré par deux flics, qui sort d'un des boxes de soin et va aux toilettes. On pouvait presque sentir un panneau publicitaire "ceci est un délinquant, un mauvais exemple pour vous, citoyens/les enfants" se balader derrière les trois hommes.

La semaine suivante passe tranquillement ; le jeu est, chaque fois que je m'ennuie, de pointer un endroit sur la carte de Singapour et d'aller là-bas. Mais d'abord, je vais à Sentosa, le débarras à touristes qu'on m'a à plusieurs reprises conseillé. Mais comme je préfère l'entrée des artistes, j'y vais non pas par le monorail rose tout joli, mais à pied comme un galérien. Sentosa est une île, je prends donc un pont et ai enfin l'occasion d'apercevoir l'océan et l'horizon. Un peu plus loin, un nouveau chantier me bloque la vue. Drôle d'esprit ; on dirait qu'ici le bord de l'eau est juste une zone économiquement inutile ; "In Singapore all is about money" comme dit mon coloc. Je commence un peu à en avoir plein le dos des chantiers, autoroutes et détours sans fin. Singapour n'est pas terrible pour les balades à pied.

De l'autre côté du pont,, après avoir demandé mon chemin à un chef de chantier, celui-ci me dit "You're french ?". Mes sourcils froncés et moi, étonnés et grimaçants, on lui demande comment il nous a calculés aussi vite. Bim dans ma face : "It's the accent"... Normalement, je ne devrais pas avoir d'accent (l'albanais a les sons de l'anglais). En y repensant de plus près, je me rends compte qu'ici, mon accent est en train d'empirer. Comme les chinois ont un accent horrible (j'avais envie de coller ça sur le dos des chinois, mais ça marche avec tout le monde sauf les anglophones purs, et y'en a pas tant que ça ici), je ne peux pas prendre exemple sur eux ; mais comme on ne peut se comprendre qu'en anglais, il faut bien que je les dise d'une certaine façon, tous ces mots ; et j'ai tendance à lire les mots que j'entends rarement comme un français. D'où l'accent. Le problème va revenir quelques fois, mais je commence à faire attention. Bref, tout en ruminant ces pensées, je rentre dans Sentosa. Ne rentrons pas dans les détails ; casinos, boutiques occidentales de luxe, Hard Rock Café, gros videurs en costard un peu partout, le tout arrosé de sauce super bling-bling et frivole, c'est globalement un truc de touristes un peu dans le genre de ce que Dubaï m'a l'air d'être depuis le vol aller ; et ça ne ressemble pas vraiment à l'esprit d'ici. La partie la plus intéressante est celle où je rentre dans le chantier d'une atttraction, le musée des studios universal (quelque chose comme ça). C'est assez drôle de voir les décors colorés et tape à l'oeil, à la Disneyland, au milieu des bulldozers, des machines à souder, de la poussière et des ouvriers Indiens (la niche écologique "immigré bronzé et pauvre travaillant dans les chantiers" existe ici aussi...). Après ça, je me barre assez vite.

Après avoir un peu tapé la discute avec les proprios du stand indonésien où je mange souvent, je pointe mon doigt sur la station de métro de Lakeside, dans l'ouest (appelons ce nouveau jeu le point-and-go). Une fois arrivé là-bas, tels mes aïeux explorateurs traversant l'Oural, je cherche un point surélevé afin de reconnaître la zone ; ça sera un bâtiment HDB de 12 étages proche de la station de métro. HDB c'est un peu comme HLM, sauf qu'il faut être citoyen Singapourien pour y avoir accès, et que c'est un achat à prix réduit au lieu d'une location subventionnée comme en France. L'avantage de ce système c'est que personne ne casse rien puisque tout le monde est propriétaire ; et effectivement, dans les rues pas de tags, pas d'équipements cassés ou qui ne marchent pas, et par dessus le marché, pas de groupes d'encapuchonnés qui zonent énergiquement le long des allées.

La vue est très belle (vive les villes), et l'ambiance dans les escaliers est particulière ; l'immeuble est ouvert des deux côtés, sans fenêtres vu le climat, l'architecture est un peu biscornue, comme si l'immeuble était plissé dans le sens de la longueur, avec des escaliers saillants du corps du bâtiment comme des tibias d'un type trop maigre, des canapés sur les paliers, des chaussures à côté des canapés, de l'encens, des portes d'appartement ouvertes laissant s'échapper du chinois (paroles/musique/dispute). Une fois en bas, je fais un tour dans le quartier, d'où se dégage une grande tranquilité et une grande harmonie. Entre les préaus des immeubles (ici, le rez-de-chaussée est ouvert de tous les côtés aussi, avec des bancs et des tables qui ont parfois des échiquiers dessus), les couleurs des jeux pour enfants égayent la promenade, tandis que je croise des sortes de gymnases à ciel ouvert, où des mères de famille s'entraînent au maniement du naginata. À côté des jeux pour enfants, des appareils rudimentaires de musculation pour adultes permettent à chacun (mais en réalité, surtout aux vieux), de faire un peu d'exercice. D'ailleurs, dans mon quartier, en dehors des vieux, il y a aussi votre serviteur qui fait ses tractions en chemisette en rentrant du boulot. Un autre gymnase, et voici des enfants qui s'entraînent au karaté sous le regard sévère du maître, tandis que des ados font une partie de basket juste à côté d'eux. Le tout environné par des commerces ouverts et accueillants, une école à l'air sympa qui se prépare pour la visite de la ministre (c'est un petit pays :), un oiseau gros comme un poulet qui se balade au milieu de l'allée, et une racine d'un arbre bizarre qui court sur 20 mètres sur le bord d'une colline. Bref, même si les rues sont un peu plus sales et moins droites que chez nous, c'est globalement plus sympa.

Je poursuis mon exploration du côté du lac lui-même ; je croise un panneau avec un gros sourire qui déconseille de nager dans le canal à cause du danger qu'un orage équatorial ferait courir, marche le long du canal, croise un panneau "Have a nice day", me balade dans une rue avec des maisons hétérogènes (oui, c'est rare, aussi bien les maisons que les quartiers hétérogènes), puis repasse dans un bloc HDB. C'est alors que je tombe sur un bâtiment haut comme trois hommes, environné de grillages à barbelés, avec des barreaux aux fenêtres et une cour oblongue. Quand je passe plus près, je vois des enfants jouer au foot sur un des murs. Et quand je passe devant l'entrée principale, je vois un panneau "Primary school, where potential is maximised". Asia style. Après avoir passé une nationale en marmonnant un "fucking highways", je peux marcher le long du lac qui a donné son nom à la station de métro. La vue est particulièrement belle, un mélange de nature, de ville et de nuit comme je les adore ; une couronne inégale d'arbres doublée de pénombre cerne le lac qui se dresse devant moi, sertie à ma droite et ma gauche de tronçons de voies lumineuses et mouvantes du métro aérien, et face à moi de hauts immeubles au garde-à-vous, arborant leurs facettes colorées et brillantes, avec juste ce qu'il faut d'assymétrie : ici un immeuble isolé qui dépasse derrière les arbres, là un ponton de bois sur le lac, et même ici et là une branche basse qui m'empêche de prendre une belle photo. Bonne balade quand même. Et comme avec tout lac digne de ce nom, les amoureux, cyclistes et joggers (voire les trois en même temps) se croisent et s'entrecroisent su ses rives.

Côté nouveautés, j'ai l'occasion de faire mon français et d'aller hurler sur un commerçant ; ma cible est le petit boute-en-train qui devait me débloquer moon portable et a finalement effacé toute la mémoire et rendu l'appareil inutilisable. J'ai l'occasion d'apprécier la technique de négociation chinoise la plus célèbre ; la temporisation. Après que je lui aie crié dessus pendant quelques minutes, fait fuir deux-trois clients, le type me promet de me faire un prix une fois qu'il aura placé tous ses portables sur son étal (un simple comptoir-vitrine installé dans la rue), et effectivement me fait un 40% - je connaissais le prix de base de ce portable-là. Mais comme on ne peut pas entuber un chinois, en tous cas pas du premier coup, le port pour le chargeur s'est vite mis à déconner. Et il s'est mis à déconner non pas un mois, ni une semaine, mais 24 heures après que j'aie acheté le truc. Saloperie (le vendeur, pas le portable).

Visions exotiques : une chinoise pas épilée dans le métro.

Ensuite, week-end, sortie dans un bar bizarre avec Yousoun et Utkur (mon coloc et une collègue à lui, la femme du type qui a enlevé son pantalon, et j'écris son nom n'importe comment). Nous voilà à Holland village, le quartier où les expats habitent. J'ai la joie de manger des ailes de poulet Tex-Mex bien grasses totalement dégueulasses, et ça fait du bien. Ensuite, direction un bar où je goûte de l'absinthe - à 7.5E le shot, et j'en ai pas bu qu'un. Là, pour le coup, "Alcohol is very expensive" : je vais claquer genre 70 euros au total pendant la soirée. Après avoir écouté un groupe de rock chinois chanter du pop-rock occidental avec l'accent, on finit sur robertson quay, le coin où les autochtones sortent le soir. On y fréquente un bar effrayant où des Indiens moustachus s'asseoient autour d'une petite piste de danse, pour y mater des nanas qui viennent s'y déhancher contre rémunération. C'est assez triste de voir le regard de ces types visiblement un peu trop timides, et d'autant plus bizarre qu'il n'est même pas question de nudité/prostitution. Bref, bar suivant, le grand classique des soirées asiatiques : le karaoké. Apparemment il n'est pas rare que les gens prennent des cours de karaoké en prévision de leur sortie du week-end. Comme nous autres occidentaux on s'en fout, Yousoun me fait attraper le micro et me programme Beautiful Day. À 4h du mat, bourré, ma propre voix m'a fait peur. Vers 5h, diner ptit déj dans un food court, où je gagne le grade de "health freak" après une conversation sur la clope (merci la médecine !).

En bref et sans transitions :
- côté travail, pas de contaminations et fini les heures de glande, enfin !
- j'ai décidé de faire un truc d'Asiatiques, et ai essayé le Ninjutsu (mais on s'y fait un peu chier, comme dans tous les cours d'arts martiaux, et en plus y'a que des Blancs)
- je suis en train de finir les food courts. D'avoir tout goûté, j'entends.

Point and go : Bukit Gombak, à l'ouest de la ville. On y trouve un lac naturel, surmonté par une falaise, le tout recouvert de jungle, ce qui est vraiment sympa au milieu de la ville : quand on prend une photo, inutile d'essayer de rater l'immeuble de 25 étages juste derrière la falaise. J'ai même l'occasion de faire quelques mètres au milieu des énormes bambous et du sous bois qui m'arrive aux genoux. Autre point and go : Dover, le quartier des riches, calme et riche comme les équivalents de chez nous. Globalement, Singapour n'est pas faite pour les piétons : des autoroutes partout ("fucking highways" est presque devenue mon expression fétiche), des enchevêtrements labyrinthiques, pas de passages piétons, des travaux tous les 15 mètres...

Mais en ce moment, je suis en mode proactif ; je veux changer de maison (je viens d'écraser mon 3e cafard de 4cm de long dans la cuisine), trouver un meilleur sport, me faire plus d'amis (les jeunes que j'ai au labo sont un peu des parisiens en moins drole), donc pas le temps de blogger. À plus.

P.S : le kékidi a l'air de s'arranger un peu.

samedi 16 janvier 2010

"Mwarf..."

Article express, juste pour donner des nouvelles. La semaine suivante était chiante. J'ai perdu mon composite et visité le système de santé mercantile local, internet a recommencé à me faire chier, au labo j'ai commencé à parler avec des gens de mon âge et j'ai eu une contamination dans mes cultures qui m'a fait perdre deux semaines de boulot, on est encore allés à Clarke Quay avec le coloc mais c'était relou, et j'ai décidé de changer de maison - ce qui va pas être facile avec l'internet intermittent. Prochain épisode bientôt.

jeudi 14 janvier 2010

"Alcohol is really expensive in Singapore."

Au fil de la semaine, en me perdant dans mon quartier, je tombe sur le Leader Price local, appelé Fairprice... y'a comme un vague air de famille dans le nom, c'est drôle ça. On y diffuse à toute heure une petite musique chinoise kitsch à mourir de rire (à chaque fois que je suis là-bas, j'ai la banane du début à la fin). La musique et les prix aidant, j'achète moult et moult choses très saines pour mon corps à l'intérieur naturel, et notamment du lait. À Singapour il n'y a pas de vaches, pas de moutons, pas de chèvre, et, même si on y travaille, pas encore de mamelles artificielles à base de cellules souches. Et donc, pour y obtenir du lait ou de la viande rouge, il faut la faire venir des pays voisins. Le seul pays voisin étant la Malaisie où y'en a pas non plus, il faut la faire venir des pays pas voisins, en particulier l'Australie. Et comme c'est loin, on importe en fait du lait en poudre qu'on reconstitue (comme les jus de fruits de chez nous), et qui a un goût surprenant, concentré, comme s'il était reconstitué avec moins d'eau. Chocolaté, on a l'impression de boire de la Danette. Une partie de moi (moustachue, et qui fait environ 5% aux présidentielles) aurait adoré dire que c'est dégueulasse, mais en fait c'est plutôt pas mal.

Même les trucs de Blancs que sont le pain de mie et le lait (en dehors du fait qu'il soit reconstitué) ont une petite Sing touch, ils sont supplémentés en calcium et en vitamines. Et pas qu'un peu, on dirait que c'est fait pour les bodybuilders : sans doute pour empêcher tous ces Chinois d'être des nabots, ah ah... ah merde ça marche, ils sont tous plus grands que moi dans le métro. Mais comme je suis là avant tout pour essayer des trucs, je me gave aussi de fruits exotiques ; carambole (bien meilleure que chez nous), poire chinoise, pitaya, fruit de la passion, mangoustan (succulentissime), ananas... (je n'ai pas encore essayé le durian qui pue ni le grand ramboutan). En plus ça m'aide à manger un peu correctement, parce que le chicken rice c'est sympa et pas cher mais pas très nourrissant.

Encore une fois, je remarque une autre similarité, à savoir que l'entité socio-économique "Etranger du coin" (comme dans "On va acheter de la vodka chez l'Arabe du coin") existe aussi à Singapore - toutefois, il y a une subtilité ! Ici, c'est le Chinois du coin (vous aviez pas deviné...). En fait, il y a tellement de Chinois qu'ils sont à la fois les autochtones et les étrangers. D'ailleurs, la distinction étranger/local ne veut pas dire grand chose... sauf si on joue au kékidi. Au kékidi, il n'y a que ce que l'étranger dit qui ne veut pas dire grand chose. Mais bref, ici aussi le Chinois du coin est ouvert tout le temps et vend tout deux fois plus cher.

Les enfants, si vous vous demandez si vous allez faire de la biologie plus tard, sachez que c'est avant tout pas d'argent, pas de travail, et plein de meufs. Choisissez votre camp. Donc, après une première semaine de stage passée à travailler mais pas trop, il faut que je me détende ! Vendredi soir, je rentre un peu fatigué (j'ai du me lever à 6h pour aller chercher mon visa avant d'aller bosser), me gave de fruits, puis repars dans l'autre sens vers la ville et ses lumières. C'est l'heure de récolter quelques informations, je vais donc droit à la cellule locale du renseignement français, j'ai nommé la crêperie bretonne ! Après avoir commandé une crêpe forestière et un verre de cidre qui coûtent autant que trois jours de food court (matin midi et soir), je me mets à deviser avec le patron, sur fond de musique kitsch franchouillarde des années 80. Retraité, il apprécie la vie ici, où tout est plus dynamique et moins lourdingue qu'en France ; j'apprends même qu'il a une maladie génétique et que l'hosto français le fait raquer 10 fois plus qu'ici. Bien entendu, grâce à la Sécu, il paie rien ni ici ni en France, mais il trouve quand même moyen de râler... sacrés Français ! Au rayon visites, on me suggère l'île de Sentosa (un nom que j'entends souvent, truc pour touristes), la nocturne du zoo, et Clarke Quay, le rendez-vous branchouille à Singapour. J'ai peut-être un peu trop mangé avant la crêpe, et j'ai du mal à finir - je rentre chez moi en me tenant le bide.

Samedi, réveillé par le chant exotique d'une perceuse à percussion, je file visiter la ville/acheter des trucs. Repérage à Clarke Quay ; on dirait un village Disneyland avec des bars partout. C'est plutôt surprenant. Le quartier est franchement orienté vers le secteur économique touriste/expat/pigeon. Par exemple, l'un des quais est plein de restaurants tous pareils, avec des serveurs serviles qui racolent mielleusement, et les prix sont triplés par rapport à la rue parallèle juste derrière. Les rues proprettes avec des commerces s'intercalent comme génoise et crème avec les rues étroites et sales, où on sort les poubelles et où les climatiseurs viennent respirer.

Comme il fait frais, j'en profite pour me laisser guider par mes pieds, et ceux-ci me mènent à Chinatown, dont l'étrangeté et l'animation tiendraient assez mal dans des mots français et immobiles. J'achète deux trois choses à prix défiant toute concurrence (4 chemises pour 30€, des mangues séchées et des mangoustans moitié moins cher qu'au Fairprice), j'en oublie même de négocier tellement ça coûte rien. Il faudra que j'aille jouer la revanche.

Je marche un moment parmi les gratte-ciels, dans l'ombre de leurs voisins à leur base, et rutilants à leur sommet, et je finis à l'extrême est de la ville, au niveau de la Marina Bay. J'ai envie de voir l'océan, et je marche droit vers lui, cerné par les chantiers. Une autoroute finit par me barrer la route, et les échangeurs bouchent un peu la vue. Oui, mais... mais au milieu des gouffres pleins de poutres de fer anguleuses et rougeâtres, qui porteront bientôt des gratte ciels, des grues du port, qui s'élèvent chargées de conteneurs à l'assaut des cieux, des échangeurs qui s'élancent le souffle court dans la ville, de la lenteur cahotante des camions de chantiers, de la rumeur des voies rapides, de la fureur des marteaux qui rebondit entre les tours impassibles, sous le parfum de la mer et de la poussière, et avec l'impression de tomber dans le ciel chaque fois que je lève les yeux, je grave un souvenir serein, vibrant et puissant de Singapour. Cette cité, immense, m'évoque ces arbres qui poussent au milieu du béton ; immobile à première vue et infiniment vivante en réalité, calme et forte comme peu de choses humaines le sont. La poésie des villes... si elles étaient moins intimidantes, sans doute y aurait-il moins d'écologistes :)

Assez content d'être allé me perdre près de l'eau, je rentre, un peu aplati par le soleil. Je trouve mon coloc en train de faire sa fête à une bouteille de whisky (il en a fini 80%) ; en ex-URSS, on ne craint pas l'alcool et on lui fait savoir. On cause un peu, et j'apprends qu'il a été invité à une barbecue party (fête posée dans le jardin) avec ses collègues mais qu'il a la flemme d'y aller. Je le motive un peu, et nous voilà partis. On rencontre plein d'expats (espagnols, sudaméricains, britanniques et australiens), je comprends ce qu'ils disent et on parle de trucs d'expats, comme de l'impossibilité de trouver de la viande à Singapour, de l'alcool qui coûte cher ici, des douanes, du kékidi, de la météo locale, et des endroits qu'on a déjà visités. Je dois admettre que je suis un petit padawan par rapport à eux (ils ont la trentaine), tant au niveau des voyages que des pépettes qu'il faut pour en faire. On finit par aller à Clarke Quay se trouver un bar, où je ne paye pas mon verre parce que personne me le demande (sachant qu'en plus qu'on m'a arrosé de vin dès que j'ai dit que j'étais français, j'ai bu à l'oeil toute la soirée).

La musique assez forte nous suggère d'aller en boîte, où on a la mauvaise surprise de se faire jeter à l'entrée parce que l'un de nous est en shorts/tongs (bizarre, il n'y a que moi que ça ne surprend pas). C'est là que beurré et chaud comme la braise, Jorge met en place un plan infaillible ; il va entrer, enlever son pantalon dans les chiottes, le donner à une des nanas qui le ramènera dehors, et comme ça on pourra entrer. Le plan commence, les tambours et les ricanements roulent, et quelques instants plus tard le pantalon arrive. Il est trop petit ; j'enlève le mien, le donne, enfile celui de Jorge en évitant de le craquer, marche doucement vers l'entrée... pour voir Jorge ressortir avec un paréo... il s'est fait virer des chiottes. Bon, on aura bien rigolé au moins. Mon coloc veut rentrer, comme il a payé le taxi à l'aller je rentre avec lui (j'aurais sans doute pas dû). Bilan : finir bourré sans pantalon sur les quais : fait. Me la coller gratos : fait. Pas trop mal.

jeudi 7 janvier 2010

"Téwé ?"

Bon, j'en étais où déjà... je venais de sortir du bureau du "Ministry of Manpower" (autrement dit ministere des immigrés :). Donc, après avoir bu le café du vendeur, je descends dans un centre commercial m'acheter à manger ; chez le vendeur de bouffe du coin (celui avec la plus sale trogne, sinon c'est pas du jeu), je prends un Laksa. Je sais pas ce que c'est et c'est bien pour ca que je le prends ; en plus ça sonne comme "laxatif", quoi de mieux ? Après avoir eu un petit épisode de kékidi avec la vendeuse, je repars donc avec mon Laksa et mon thé noir chaud - le kékidi s'est mal fini, j'avais demandé un "iced tea" et pas compris la question qu'elle m'avait posé ensuite, donc répondu oui. Je ne mange pas dans le métro, parce que c'est énervant pour les autres voyageurs. C'est vrai quoi. Et aussi un petit peu parce que y'a écrit "No eating or drinking, Fine 500$" sur les affiches. Les affiches sont énormes (au sens figuré), toujours à base de civisme et de respect mutuel, c'est assez dépaysant.

Ni une ni deux, me voilà au Buona Vista MRT (je commence à apprendre les stations de métro par coeur, pour cartonner au petit bac), et je vais manger dans un parc proche de l'immeuble du Genome Institute. Etonnant ce quartier, il est plein de chercheurs et les bâtiments s'appellent tous genre "Proteus", "Matrix" (j'invente rien) ou encore "Genome". Tout y est tout beau tout propre, et a ce je-ne-sais-quoi qui fait penser à la tour Eiffel de Las Vegas, ou à la tour Montparnasse à Paris. Pour ce qui est de mon déjeuner, le Laksa aurait du s'appeler le Vomi, mais bon, y'a que quand on joue pas qu'on perd pas ; et justement, le thé est très bon, il aurait même été divin s'il n'avait été à la même température que mes aisselles. Par dessus tout ça, je me fais aussi un peu saucer pendant que je mange – penser à acheter un parapluie. Et c'est donc rassasié et (un peu) rafraîchi que je peux rentrer tel Richard Coeur de Lion dans les bureaux des ressources humaines du GIS, brandir mes papiers tamponnés à la face du monde et les employer à pourfendre mon interlocutrice de haut en bas comme l'infidèle qu'elle est.

Et c'est parti pour une après-midi à prendre ses marques au labo. Rien de spécial, à part un petit instant de frayeur, quand je vois une feuille de présence d'une chercheuse, à 45 heures par semaines. Techniquement, subséquemment, nonobstant, usufruit, susmentionné et ci-après... les premiers jours, la base stratégique sera d'arriver avant le patron et de partir après lui. Outre le travail et les arrivées avant le patron, je commence à parler avec des gens, comme Lili, une chercheuse chinoise, arrivée ici il y a trois ans avec fils, mari et beaux-parents, qui fait tranquillement son nid, Jameelah qui n'aime pas parler d'elle, Irène la française (ça fait du bien de gagner le kékidi des fois). Au premier abord, on a l'air plus similaires que les années et les distances qui ont séparé et nous séparent le laisseraient supposer. On verra bien.

Le grand problème de la semaine est de faire remarcher Internet, qui s'est mis à planter nul ne sait comment, pourquoi, ni même exactement quand. C'est notamment à cette occasion que j'ai pu passer une soirée à prendre le métro jusqu'en ville, m'enfermer une soirée dans un internet café, pour dormir pendant le téléchargement d'un CD Linux (et jouer à Canabalt), totalement inutile puisqu'il ne résout pas mon problème, m'alléger de quelques piécettes, pour finalement voir le problème en question disparaître tout seul après m'avoir fait perdre quelques pépettes. Bref, comme la phrase précédente, l'histoire laisse un arrière-goût de gros gond mal graissé.

J'ai l'occasion de découvrir les food courts, des cantines présentes pratiquement à chaque coin de rue. On y trouve plusieurs stands, chacun proposant un type de cuisine ; indienne, chinoise, indonésienne, japonaise, occidentale ou chicken rice (y'a marqué ça, moi je retranscris) ; et comme tout à Singapour, ils existent en version plus ou moins propre. Vers chez moi, on trouve bien entendu des versions sales, où les gens sont un peu surpris de voir un occidental. Comme j'arrive en général tard, les tenanciers sont soit sur les nerfs, soit détendus, et dans tous les cas n'ont pas beaucoup de travail (la moitié des stands sont fermés) ; du coup, soit ils me prennent pour un Syrien, et les sourires et les discussions s'engagent (l'avantage d'être brun et barbu, outre que c'est plus beau, c'est que les musulmans vous prennent pour un musulman), soit ils mettent fin au kékidi en me criant dessus « CHICKEN RICE !». Les discussions sont vite limitées par l'invincible kékidi, vu que plus on est dans une zone pauvre, moins l'anglais est normal ; c'est là que j'apprends que "Téwé" veut dire "Take away", et que je commence à avoir une espèce d'appréhension quand je dois parler à un vendeur de mon quartier.

Malgré cela, ou peut-être grâce à cela aussi, je me retrouve parfois dans des tableaux qui seront difficiles à oublier, comme cette immense femme (indonésienne ?) aux airs de Bouddha voilé, dureté et douceur mêlés, qui se dresse dans l'éclairage Rembrandt à une tête et trente kilos de plus que moi, surveille les mendiants avec un air sévère, et me crie gentiment dessus « CHICKEN RICE ! », tandis que derrière elle, dans la petite cuisine, un type d' 1m60 en nage, tout maigre, fait danser sa machette à travers chairs et os de poulet ; quelques images plus tard, la femme me donne finalement mon repas que je paie 1€25 ; et finalement, chatouillé par ma faim, caressé par les odeurs de cuisine et de nuit, et observé par les constellations étrangères et les vieux qui empilent les cannettes vides, je retourne dans la rue sombre et tranquille, j'essaie de deviner leurs vies, et je me dis que j'ai bien fait de venir.

(À suivre ; premier week-end à Singapour)

mardi 5 janvier 2010

"If you see any suspicious looking person...

... or article, please inform our staff or press the emergency communication button located at the side of the train doors."

Le lendemain meilleur va servir à faire quelques achats ; direction le metro, pour lequel je dois demander mon chemin. Pour parler avec les locaux, voilà comment ça se passe : je leur parle en anglais approximatif avec un accent correct, ils me répondent en anglais correct (enfin, pas sûr) avec un accent chinois à fendre à la dynamite, et on finit par tous parler avec les mains. Manque de pot, le métro est genre à 15-20 min à pied (ça avait l'air moins loin sur Google maps) ; il faut faire un détour pour passer au dessus d'une autoroute située entre l'appart et le métro. La chaleur aidant, je suis déjà bien lubrifié quand j'arrive.

Une fois à la station, après avoir retiré de l'argent, m'être trompé de guichet, avoir fait péter un câble aux gens derrière moi tellement j'étais lent, m'être fait frapper (meuh non, tout le monde il est gentil ici), je finis sur le quai. Là, ambiance rigolote sur les panneaux : "Value Life. Act Responsibly." "Watch it, report it". Je finis par monter dans ma rame... climatisée... yeah (je vérifie que je vais loin). Un sourire béat sur le visage, j'entends la jolie phrase que j'ai mise en titre, avec un accent impeccable et sexy (maman, pourquoi la dame elle parle pas comme les vrais gens dans la rue ?), ce qui rajoute au côté 1984 local qui commence à apparaître. Je goûte mon statut de minorité ethnique en regardant les gens autour de moi, et j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle ; la bonne, c'est que y'a pas de gros. La mauvaise, c'est que les gens sont comment dire... euh... moches. Le nez camus, les grosses joues et les yeux bridés, ça va pas très bien ensemble. Bon, je parle du pékin moyen, ne généralisons pas. Mais quand même.

Une fois rafraîchi par mes 20 min de métro, je descends dans un centre commercial - genre les Halles de chez nous, avec moins de racailles (cela dit, je ne sais pas encore reconnaître les racailles locales). Première chose, je cherche des adaptateurs - les prises singapouriennes sont à la mode anglaise - et une clé usb. Après avoir pas mal déambulé, je demande à une libraire où est-ce que je peux trouver un magasin d'électronique basique... et ça se finit avec des "Buy USB key", des mimiques interrogative et des bras qui pointent des directions. Quoi qu'il en soit, j'ai compris le nom du magasin, et les plans n'ayant pas d'accent, je trouve rapidement. Ô joie, le vendeur est chinois mais on comprend ce qu'il dit (Je commence à me gronder de faire des amalgames du genre "Chinois = accent de merde"... mais ça va pas durer). Je repars avec mes achats et finis dans un supermarché à l'occidentale. Rien à signaler à part une petite gêne quand je prends des serviettes périodiques pour des chiffons de nettoyage (oui, bon...). La caissière n'est pas chinoise mais je comprends quand même rien.

J'ai aussi quelques trucs à acheter pour la maison, mais je commence déjà à me dire que je vais peut-être pas rester très longtemps dans ma coloc - c'est loin du métro, et le quartier ressemble un peu à une cité HLM, sans délinquance, sans magasins, ni bars, ni rien en fait. Comme j'ai peu dormi pendant le voyage et me suis couché tard la veille, la fatigue se fait brutalement sentir. Plutôt qu'aller à Ikea, je file vers une douche froide et mon lit. Je passe la soirée tranquillement dans le living-room à faire marcher internet et à rester un peu "aware". J'en profite pour discuter un peu avec un de mes (deux) colocs ; Utkur, un Ouzbek ayant fait ses études aux Etats-Unis, qui fait de la biologie structurale. Lui il parle comme dans les séries donc je comprends ce qu'il dit, et on blablate très vite fait sur Singapour. Depuis le living-room, je peux constater un petit problème ; mes colocs ont tendance à s'enfermer dans leur chambre avec air conditionné et internet. De mon côté, internet ne marche pas dans ma chambre, et c'est tant mieux, ça me donne un prétexte pour rester dans le living-room (pas que je me sente obligé d'avoir un prétexte non plus). 'Fin bref, tout ça pour dire que ces histoires de colocs geek n'arrangent rien à l'envie de changer d'appart.

Le lendemain, j'ai de la paperasse à faire avant de pouvoir me mettre à bosser. La nana du GIS (l'institut où je suis en stage) a en effet la gentillesse de me dire, le jour où je suis censé commencer, qu'il me faut mon document de séjour définitif pour pouvoir bosser (j'avais un provisoire). En plus, bonne nouvelle, le site internet de l'administration semble indiquer qu'il est impossible d'obtenir un rendez-vous avant 4 jours. Bon, je sors du GIS un peu furieux, mais le site web avait pas l'air net donc je vais quand même vérifier sur place. Les bureaux sont ouverts, une nana prend en charge le petit Blanc perdu que je suis, m'asseoit dans un espace d'attente, court partout quelques minutes, et revient me dire qu'il me manque un document mais que je pourrai régler mon dossier le jour même si je reviens avec les papiers complets. Je répète : je me pointe sans rendez-vous et sans tous les papiers, et une nana jeune, souriante, court partout tandis que je suis assis, et me dit que je pourrai revenir le jour même régler mon problème, sans rendez-vous. En France... ha... en France, quand le bureau n'est pas fermé, la nana est grosse, sourde et renfrognée, et même avec rendez-vous et papiers tu peux être sûr que c'est toi qui vas courir, et d'un bout à l'autre de Paris. Bref, une très bonne surprise.

En sortant du bureau, je zone un peu, et je tombe sur Sani, un indonésien (à vue de nez) qu'on comprend kékidi. Sani a une chemise bleu foncé qui a l'air en satin, des lunettes de soleil, une casquette blanche et bleue, un short, une chaîne et une gourmette, et un énorme cigare à la main. Il m'explique que j'ai un gabarit d'asiatique - bref, que je suis petit, merci - et que ses tailleurs peuvent me faire un costume super bien. Même si je lui dis que je vais probablement rien acheter, il m'invite dans sa boutique, je bois son café (bon), et je prends la carte du magasin en disant que je vais peut-être revenir (mon cul). Sani me raccompagne dehors, on discute un peu, et je lui pose une question rigolote "Like 90% of the people in this city are Chinese, how is that possible that there is a Chinatown ?". Réponse : "Ah, that... the Chinese don't speak english, that's why.". Sans blague.

dimanche 3 janvier 2010

Enlevez vos chaussures et reculez

Ça y est. Mes valises sont bouclées. Jusqu'au dernier slip troué. 2010 vient de sonner, et comme après chaque sonnerie les enfants sortent en courant et en hurlant. Cette fois il n'y en a qu'un, barbu et poilu, et il va rester longtemps loin de la salle de classe (6 mois à Singapour).

Mon petit voyage commence par un épisode de voiture avec ma famille, où on goûte la madeleine de Proust tandis qu'on la finit. On y parle de tout et de rien en réalisant chacun que je pars suffisamment longtemps pour oublier pas mal de choses. Pour détendre l'atmosphère, l'épopée se poursuit par un épisode de constipation où on fait demi-tour pour aller chercher mon passeport et mon billet (qui ça, moi, un abruti ?). Mais bon, on était pas mal en avance.

Trois épisodes plus tard, nous voilà à l'aéroport. Bizarrement, il est calme et silencieux en attendant son avion ; lui et moi on prend forcément le même, le seul qui part à cette heure : le vol des m'as-tu vu, comme par hasard. Donc on commence à discuter, il enregistre mes bagages, se goure, s'excuse par un joli sourire puis me laisse à mes adieux gênés, où je fais le pitre faute d'avoir une meilleure idée. Les instants se suivent, et vient celui où il faut embarquer ; il vérifie mon passeport le temps que je commence à avoir mal au dos et à m'endormir debout... non je déconne, j'ai un passeport français et je suis blanc. Après avoir répandu mon bagage à main dans le scanner, je passe une porte qui devient toute rouge et se met à crier "Enlevez vos chaussures et reculez"... en fait, c'est peut-être un gars qui m'a dit ça. Bref, je passe à nouveau la porte, mes chaussures se font irradier et tout rentre dans l'ordre.

S'ensuit une queue assez longue pour cause d'avion en retard ; j'étais sur le sol français, j'ai le droit et le devoir de râler. Chers lecteurs, si vous le voulez on va donc pouvoir faire une pause râlage et tous s'agiter en disant : "Mais putain pour le prix qu'on paye on pourrait quand même avoir un minimum de considération / c'est inadmissible / j'ai jamais vu ça / c'est interminable / pffFFFFFFFFFFFF !! / Rhalala mais alors vraiment / c'est encore un coup des casques à pointes". Fin de la pause.

Pendant l'attente, mon enthousiasme lève et se met à sentir bon, et du coup lui et moi sommes bientôt mangés par l'avion. Je n'ai jamais voyagé dans un engin pareil ; on doit être quelque chose comme 450 dedans. Le steward m'indique la direction (merci mec) et je réussis à trouver ma place. Meet the neighbors ; un chinois en chemise à carreaux qui parle un anglais euh, pas évident à comprendre, et une française à l'air chiant. Par dessus le marché, Emirates (la compagnie) a inventé un super truc, l'ordinateur de bord, qui permet de faire son autiste au milieu d'une petite foule en regardant des films ou en écoutant de la musique, et met KO la sociabilité de tout le monde, et bientôt la mienne aussi. On découvre tout de même quelques trucs sur Dubai et on note deux-trois noms d'artistes arabes à télécharger illégalement (merci, Emirates). Au passage, ça fait vraiment du bien d'entendre des trucs sur les arabes qui soient pas à base de religion ou de voitures qui brûlent. Le repas servi à bord est excellent de la première bouchée à la dernière goutte de vin.

La pub, pardon, la documentation sur Dubai est vraiment convaincante, et j'irais bien y passer une semaine de vacances dans les années qui viennent. Bling-bling à se tirer une balle en or, la ville semble être un centre de loisirs géant et varié pour riches. Y'a plus qu'à devenir riche et c'est bon.

Mais abrégeons, ces choses triviales ne sont que des amuses-gueules devant le chef-d'oeuvre qui m'attend : G.I.Joe, the movie. Oubliez tous les films de merde que vous avez pu voir avant, le niveau est ici presque scientifique. Du nichon, de l'action, un scénario qui tue, un super méchant qui veut tout détruire, un docteur maboul masqué qui invente une super arme de la mort mortelle qui tue, des muscles, des voitures qui explosent par paquets format familial, des gentils GI qui sauvent la nation, j'ai déjà parlé des nichons ?, une organisation secrète de gentils, une organisation secrète de méchants, des avions, des motos, des sous-marins, des bases secrètes, mais surtout, surtout, des héros qui se connaissent tous, et qui ont tous un bon flashback bien nanar à nous raconter. Il ne manque que Dieu et l'Amérique à l'appel. Regardez cette merveille en groupe un de ces quatre, vous aurez du mal à vous en remettre. Extraits de dialogues nanars :
"Vous êtes attirée par moi ?
- L'attirance, c'est pas scientifique, alors ça n'existe pas"
"Mines laser d'artillerie, je préfère ça !"
"Les nanomites leur ont remodelé le cerveau. Ils ne ressentent ni peur, ni douleur" (NB : les nanomites sont les Bernard Tapie du monde des super docteur maboul nanar ; elles peuvent manger des tanks, détruire la tour eiffel, faire de la chirurgie esthétique, contrôler les pensées, et même résoudre vos problèmes de cancer de prostate)

Un petit dodo torticolo, et nous voilà à Dubai ; terminal rutilant, McDalle hallal, wifi gratuit, et pub irlandais trop laid (comme tous les pubs irlandais). Stupeur dans la salle d'embarquement : tout le monde est moche ! Merde alors ! Qu'à cela ne tienne, cette fois je fais pas mon autiste ! On monte dans l'avion, voilà ma voisine, je la salue, je suis sympa et souriant, je pose ma sacoche dans le conteneur au-dessus de ma tête, je m'asseois et "...zzzZZZZ". Ok, elle a peut-être pas envie de parler. Deuxième film, alors... Whatever works, vraiment drôle celui-là (exprès, je veux dire).

Bref, nous voilà à Singapore by night, avec ses gratte-ciels, ses palmiers, ses Chinois qu'on comprend pas ce qu'ils disent et sa >BAM< vague de chaleur à la sortie de l'aéroport. J'adore mon chauffeur de taxi, mais ça serait bien s'il parlait anglais... il parle déjà anglais ? Ah... du coup, comme je ne comprends rien, j'attends qu'il se mette à rigoler à ses blagues et je rigole encore plus fort (et il me regarde bizarrement). Une fois la course payée vraiment pas cher, je tabasse trois chinois qui passaient par là, et j'utilise leur téléphone pour appeler mon coloc qui vient me chercher (non pas du tout, ils étaient tout gentils et ils me l'ont prêté... et en plus j'ai compris ce qu'ils disaient). Lui aussi je comprends ce qu'il dit, ça s'arrange cette histoire. Il me guide jusqu'à ma chambre qui fait genre 25m², avec une salle de bains privée de 6m², un lit de 4m², et une cuvette de chiottes de 0,10m² (j'aime les chiffres). Il est tard, j'ai plus qu'à ranger mes trucs, faire une liste de courses sommaires et aller me coucher, en attendant des lendemains meilleurs.