Au fil de la semaine, en me perdant dans mon quartier, je tombe sur le Leader Price local, appelé Fairprice... y'a comme un vague air de famille dans le nom, c'est drôle ça. On y diffuse à toute heure une petite musique chinoise kitsch à mourir de rire (à chaque fois que je suis là-bas, j'ai la banane du début à la fin). La musique et les prix aidant, j'achète moult et moult choses très saines pour mon corps à l'intérieur naturel, et notamment du lait. À Singapour il n'y a pas de vaches, pas de moutons, pas de chèvre, et, même si on y travaille, pas encore de mamelles artificielles à base de cellules souches. Et donc, pour y obtenir du lait ou de la viande rouge, il faut la faire venir des pays voisins. Le seul pays voisin étant la Malaisie où y'en a pas non plus, il faut la faire venir des pays pas voisins, en particulier l'Australie. Et comme c'est loin, on importe en fait du lait en poudre qu'on reconstitue (comme les jus de fruits de chez nous), et qui a un goût surprenant, concentré, comme s'il était reconstitué avec moins d'eau. Chocolaté, on a l'impression de boire de la Danette. Une partie de moi (moustachue, et qui fait environ 5% aux présidentielles) aurait adoré dire que c'est dégueulasse, mais en fait c'est plutôt pas mal.
Même les trucs de Blancs que sont le pain de mie et le lait (en dehors du fait qu'il soit reconstitué) ont une petite Sing touch, ils sont supplémentés en calcium et en vitamines. Et pas qu'un peu, on dirait que c'est fait pour les bodybuilders : sans doute pour empêcher tous ces Chinois d'être des nabots, ah ah... ah merde ça marche, ils sont tous plus grands que moi dans le métro. Mais comme je suis là avant tout pour essayer des trucs, je me gave aussi de fruits exotiques ; carambole (bien meilleure que chez nous), poire chinoise, pitaya, fruit de la passion, mangoustan (succulentissime), ananas... (je n'ai pas encore essayé le durian qui pue ni le grand ramboutan). En plus ça m'aide à manger un peu correctement, parce que le chicken rice c'est sympa et pas cher mais pas très nourrissant.
Encore une fois, je remarque une autre similarité, à savoir que l'entité socio-économique "Etranger du coin" (comme dans "On va acheter de la vodka chez l'Arabe du coin") existe aussi à Singapore - toutefois, il y a une subtilité ! Ici, c'est le Chinois du coin (vous aviez pas deviné...). En fait, il y a tellement de Chinois qu'ils sont à la fois les autochtones et les étrangers. D'ailleurs, la distinction étranger/local ne veut pas dire grand chose... sauf si on joue au kékidi. Au kékidi, il n'y a que ce que l'étranger dit qui ne veut pas dire grand chose. Mais bref, ici aussi le Chinois du coin est ouvert tout le temps et vend tout deux fois plus cher.
Les enfants, si vous vous demandez si vous allez faire de la biologie plus tard, sachez que c'est avant tout pas d'argent, pas de travail, et plein de meufs. Choisissez votre camp. Donc, après une première semaine de stage passée à travailler mais pas trop, il faut que je me détende ! Vendredi soir, je rentre un peu fatigué (j'ai du me lever à 6h pour aller chercher mon visa avant d'aller bosser), me gave de fruits, puis repars dans l'autre sens vers la ville et ses lumières. C'est l'heure de récolter quelques informations, je vais donc droit à la cellule locale du renseignement français, j'ai nommé la crêperie bretonne ! Après avoir commandé une crêpe forestière et un verre de cidre qui coûtent autant que trois jours de food court (matin midi et soir), je me mets à deviser avec le patron, sur fond de musique kitsch franchouillarde des années 80. Retraité, il apprécie la vie ici, où tout est plus dynamique et moins lourdingue qu'en France ; j'apprends même qu'il a une maladie génétique et que l'hosto français le fait raquer 10 fois plus qu'ici. Bien entendu, grâce à la Sécu, il paie rien ni ici ni en France, mais il trouve quand même moyen de râler... sacrés Français ! Au rayon visites, on me suggère l'île de Sentosa (un nom que j'entends souvent, truc pour touristes), la nocturne du zoo, et Clarke Quay, le rendez-vous branchouille à Singapour. J'ai peut-être un peu trop mangé avant la crêpe, et j'ai du mal à finir - je rentre chez moi en me tenant le bide.
Samedi, réveillé par le chant exotique d'une perceuse à percussion, je file visiter la ville/acheter des trucs. Repérage à Clarke Quay ; on dirait un village Disneyland avec des bars partout. C'est plutôt surprenant. Le quartier est franchement orienté vers le secteur économique touriste/expat/pigeon. Par exemple, l'un des quais est plein de restaurants tous pareils, avec des serveurs serviles qui racolent mielleusement, et les prix sont triplés par rapport à la rue parallèle juste derrière. Les rues proprettes avec des commerces s'intercalent comme génoise et crème avec les rues étroites et sales, où on sort les poubelles et où les climatiseurs viennent respirer.
Comme il fait frais, j'en profite pour me laisser guider par mes pieds, et ceux-ci me mènent à Chinatown, dont l'étrangeté et l'animation tiendraient assez mal dans des mots français et immobiles. J'achète deux trois choses à prix défiant toute concurrence (4 chemises pour 30€, des mangues séchées et des mangoustans moitié moins cher qu'au Fairprice), j'en oublie même de négocier tellement ça coûte rien. Il faudra que j'aille jouer la revanche.
Je marche un moment parmi les gratte-ciels, dans l'ombre de leurs voisins à leur base, et rutilants à leur sommet, et je finis à l'extrême est de la ville, au niveau de la Marina Bay. J'ai envie de voir l'océan, et je marche droit vers lui, cerné par les chantiers. Une autoroute finit par me barrer la route, et les échangeurs bouchent un peu la vue. Oui, mais... mais au milieu des gouffres pleins de poutres de fer anguleuses et rougeâtres, qui porteront bientôt des gratte ciels, des grues du port, qui s'élèvent chargées de conteneurs à l'assaut des cieux, des échangeurs qui s'élancent le souffle court dans la ville, de la lenteur cahotante des camions de chantiers, de la rumeur des voies rapides, de la fureur des marteaux qui rebondit entre les tours impassibles, sous le parfum de la mer et de la poussière, et avec l'impression de tomber dans le ciel chaque fois que je lève les yeux, je grave un souvenir serein, vibrant et puissant de Singapour. Cette cité, immense, m'évoque ces arbres qui poussent au milieu du béton ; immobile à première vue et infiniment vivante en réalité, calme et forte comme peu de choses humaines le sont. La poésie des villes... si elles étaient moins intimidantes, sans doute y aurait-il moins d'écologistes :)
Assez content d'être allé me perdre près de l'eau, je rentre, un peu aplati par le soleil. Je trouve mon coloc en train de faire sa fête à une bouteille de whisky (il en a fini 80%) ; en ex-URSS, on ne craint pas l'alcool et on lui fait savoir. On cause un peu, et j'apprends qu'il a été invité à une barbecue party (fête posée dans le jardin) avec ses collègues mais qu'il a la flemme d'y aller. Je le motive un peu, et nous voilà partis. On rencontre plein d'expats (espagnols, sudaméricains, britanniques et australiens), je comprends ce qu'ils disent et on parle de trucs d'expats, comme de l'impossibilité de trouver de la viande à Singapour, de l'alcool qui coûte cher ici, des douanes, du kékidi, de la météo locale, et des endroits qu'on a déjà visités. Je dois admettre que je suis un petit padawan par rapport à eux (ils ont la trentaine), tant au niveau des voyages que des pépettes qu'il faut pour en faire. On finit par aller à Clarke Quay se trouver un bar, où je ne paye pas mon verre parce que personne me le demande (sachant qu'en plus qu'on m'a arrosé de vin dès que j'ai dit que j'étais français, j'ai bu à l'oeil toute la soirée).
La musique assez forte nous suggère d'aller en boîte, où on a la mauvaise surprise de se faire jeter à l'entrée parce que l'un de nous est en shorts/tongs (bizarre, il n'y a que moi que ça ne surprend pas). C'est là que beurré et chaud comme la braise, Jorge met en place un plan infaillible ; il va entrer, enlever son pantalon dans les chiottes, le donner à une des nanas qui le ramènera dehors, et comme ça on pourra entrer. Le plan commence, les tambours et les ricanements roulent, et quelques instants plus tard le pantalon arrive. Il est trop petit ; j'enlève le mien, le donne, enfile celui de Jorge en évitant de le craquer, marche doucement vers l'entrée... pour voir Jorge ressortir avec un paréo... il s'est fait virer des chiottes. Bon, on aura bien rigolé au moins. Mon coloc veut rentrer, comme il a payé le taxi à l'aller je rentre avec lui (j'aurais sans doute pas dû). Bilan : finir bourré sans pantalon sur les quais : fait. Me la coller gratos : fait. Pas trop mal.
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Excellent le plan diabolique pour entrer en boite, même s'il a échoué !
RépondreSupprimerT'as fini de tout commenter toi ? Va trouver du travail :)
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