dimanche 3 janvier 2010

Enlevez vos chaussures et reculez

Ça y est. Mes valises sont bouclées. Jusqu'au dernier slip troué. 2010 vient de sonner, et comme après chaque sonnerie les enfants sortent en courant et en hurlant. Cette fois il n'y en a qu'un, barbu et poilu, et il va rester longtemps loin de la salle de classe (6 mois à Singapour).

Mon petit voyage commence par un épisode de voiture avec ma famille, où on goûte la madeleine de Proust tandis qu'on la finit. On y parle de tout et de rien en réalisant chacun que je pars suffisamment longtemps pour oublier pas mal de choses. Pour détendre l'atmosphère, l'épopée se poursuit par un épisode de constipation où on fait demi-tour pour aller chercher mon passeport et mon billet (qui ça, moi, un abruti ?). Mais bon, on était pas mal en avance.

Trois épisodes plus tard, nous voilà à l'aéroport. Bizarrement, il est calme et silencieux en attendant son avion ; lui et moi on prend forcément le même, le seul qui part à cette heure : le vol des m'as-tu vu, comme par hasard. Donc on commence à discuter, il enregistre mes bagages, se goure, s'excuse par un joli sourire puis me laisse à mes adieux gênés, où je fais le pitre faute d'avoir une meilleure idée. Les instants se suivent, et vient celui où il faut embarquer ; il vérifie mon passeport le temps que je commence à avoir mal au dos et à m'endormir debout... non je déconne, j'ai un passeport français et je suis blanc. Après avoir répandu mon bagage à main dans le scanner, je passe une porte qui devient toute rouge et se met à crier "Enlevez vos chaussures et reculez"... en fait, c'est peut-être un gars qui m'a dit ça. Bref, je passe à nouveau la porte, mes chaussures se font irradier et tout rentre dans l'ordre.

S'ensuit une queue assez longue pour cause d'avion en retard ; j'étais sur le sol français, j'ai le droit et le devoir de râler. Chers lecteurs, si vous le voulez on va donc pouvoir faire une pause râlage et tous s'agiter en disant : "Mais putain pour le prix qu'on paye on pourrait quand même avoir un minimum de considération / c'est inadmissible / j'ai jamais vu ça / c'est interminable / pffFFFFFFFFFFFF !! / Rhalala mais alors vraiment / c'est encore un coup des casques à pointes". Fin de la pause.

Pendant l'attente, mon enthousiasme lève et se met à sentir bon, et du coup lui et moi sommes bientôt mangés par l'avion. Je n'ai jamais voyagé dans un engin pareil ; on doit être quelque chose comme 450 dedans. Le steward m'indique la direction (merci mec) et je réussis à trouver ma place. Meet the neighbors ; un chinois en chemise à carreaux qui parle un anglais euh, pas évident à comprendre, et une française à l'air chiant. Par dessus le marché, Emirates (la compagnie) a inventé un super truc, l'ordinateur de bord, qui permet de faire son autiste au milieu d'une petite foule en regardant des films ou en écoutant de la musique, et met KO la sociabilité de tout le monde, et bientôt la mienne aussi. On découvre tout de même quelques trucs sur Dubai et on note deux-trois noms d'artistes arabes à télécharger illégalement (merci, Emirates). Au passage, ça fait vraiment du bien d'entendre des trucs sur les arabes qui soient pas à base de religion ou de voitures qui brûlent. Le repas servi à bord est excellent de la première bouchée à la dernière goutte de vin.

La pub, pardon, la documentation sur Dubai est vraiment convaincante, et j'irais bien y passer une semaine de vacances dans les années qui viennent. Bling-bling à se tirer une balle en or, la ville semble être un centre de loisirs géant et varié pour riches. Y'a plus qu'à devenir riche et c'est bon.

Mais abrégeons, ces choses triviales ne sont que des amuses-gueules devant le chef-d'oeuvre qui m'attend : G.I.Joe, the movie. Oubliez tous les films de merde que vous avez pu voir avant, le niveau est ici presque scientifique. Du nichon, de l'action, un scénario qui tue, un super méchant qui veut tout détruire, un docteur maboul masqué qui invente une super arme de la mort mortelle qui tue, des muscles, des voitures qui explosent par paquets format familial, des gentils GI qui sauvent la nation, j'ai déjà parlé des nichons ?, une organisation secrète de gentils, une organisation secrète de méchants, des avions, des motos, des sous-marins, des bases secrètes, mais surtout, surtout, des héros qui se connaissent tous, et qui ont tous un bon flashback bien nanar à nous raconter. Il ne manque que Dieu et l'Amérique à l'appel. Regardez cette merveille en groupe un de ces quatre, vous aurez du mal à vous en remettre. Extraits de dialogues nanars :
"Vous êtes attirée par moi ?
- L'attirance, c'est pas scientifique, alors ça n'existe pas"
"Mines laser d'artillerie, je préfère ça !"
"Les nanomites leur ont remodelé le cerveau. Ils ne ressentent ni peur, ni douleur" (NB : les nanomites sont les Bernard Tapie du monde des super docteur maboul nanar ; elles peuvent manger des tanks, détruire la tour eiffel, faire de la chirurgie esthétique, contrôler les pensées, et même résoudre vos problèmes de cancer de prostate)

Un petit dodo torticolo, et nous voilà à Dubai ; terminal rutilant, McDalle hallal, wifi gratuit, et pub irlandais trop laid (comme tous les pubs irlandais). Stupeur dans la salle d'embarquement : tout le monde est moche ! Merde alors ! Qu'à cela ne tienne, cette fois je fais pas mon autiste ! On monte dans l'avion, voilà ma voisine, je la salue, je suis sympa et souriant, je pose ma sacoche dans le conteneur au-dessus de ma tête, je m'asseois et "...zzzZZZZ". Ok, elle a peut-être pas envie de parler. Deuxième film, alors... Whatever works, vraiment drôle celui-là (exprès, je veux dire).

Bref, nous voilà à Singapore by night, avec ses gratte-ciels, ses palmiers, ses Chinois qu'on comprend pas ce qu'ils disent et sa >BAM< vague de chaleur à la sortie de l'aéroport. J'adore mon chauffeur de taxi, mais ça serait bien s'il parlait anglais... il parle déjà anglais ? Ah... du coup, comme je ne comprends rien, j'attends qu'il se mette à rigoler à ses blagues et je rigole encore plus fort (et il me regarde bizarrement). Une fois la course payée vraiment pas cher, je tabasse trois chinois qui passaient par là, et j'utilise leur téléphone pour appeler mon coloc qui vient me chercher (non pas du tout, ils étaient tout gentils et ils me l'ont prêté... et en plus j'ai compris ce qu'ils disaient). Lui aussi je comprends ce qu'il dit, ça s'arrange cette histoire. Il me guide jusqu'à ma chambre qui fait genre 25m², avec une salle de bains privée de 6m², un lit de 4m², et une cuvette de chiottes de 0,10m² (j'aime les chiffres). Il est tard, j'ai plus qu'à ranger mes trucs, faire une liste de courses sommaires et aller me coucher, en attendant des lendemains meilleurs.

3 commentaires:

  1. Je reconnais certaines choses : les ordis de l'avion, le macdal, la vague de chaleur, le taxi sympa mais qu'on comprend rien... ça me rend un peu nostalgique.

    Tu écris super bien, c'est très agréable à lire, et même si t'as encore rien vraiment raconté de la vie sur place, ça donne envie !

    Vincent

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  2. Shit, c'est quoi ce zob?! Y a pas d'onglet "j'aime" ici! ^^

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  3. +1, première chose que je me suis dite après le 1er paragraphe c'est qu'est-ce que tu écris bien (je viens de tomber donc sur le blog et je commence à le lire :) ). Voyager... y a que ca de vrai. mais là il se fait tard, enfin tôt, pr moi donc il faut que je me force à aller me coucher :) je lirai la suite bientot =P

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